Entrons dans la danse

L’écoline propose aux enfants, dès cette rentrée, plusieurs activités spécifiques. Il s’agit de donner la possibilité aux enfants d’être acteurs de leurs apprentissages par diverses expériences et ainsi leur permettre de développer leurs Cent langages, terme central dans la pédagogie Reggio Emilia.
Ainsi, je vous invite à découvrir l’univers poétique du mouvement: la danse !

La danse à l’école, c’est l’articulation entre sentir-imaginer-créer. C’est expérimenter l’interaction permanente entre corps, mouvement, espace, temps, imaginaire et autrui. C’est pour chaque enfant être amené à développer sa qualité d’expression selon qui il est. 

En mars dernier, j’ai eu l’occasion me rendre à Reggio Emilia pour participer au 1er séminaire des atelieristas du mouvement. Le thème était « le corps et sa danse ».
Une soixantaine d’enseignants, pédagogues et artistes du monde de la danse se sont rencontrés pour réfléchir et échanger autour d’un projet : développer, pour le travail avec les enfants, une connaissance théorique et expérientielle nouvelle et originale autour du corps et de sa danse. Le postulat de base suppose que le corps est intelligent et donc porteur de savoir, qu’il est expressif et communicatif.
Les atelieristas, le plus souvent des artistes avec des compétences spécifiques, travaillent en partenariat avec les enseignants/éducateurs et ont comme lieu de travail l’atelier, mais aussi la classe et l’extérieur.
L’atelier est à la fois un espace physique et imaginaire. Un endroit stimulant de recherche un peu comme un laboratoire.  
La culture de l’atelier ne divise pas, elle relie, elle accepte tout ce qui est vécu, elle fonctionne comme notre cerveau où tout est en lien. Par l’exploration du langage corporel, les enfants vont pouvoir aborder des notions de physique avec l’équilibre par exemple, ou de géométrie avec les formes spatiales, etc.
Le langage poétique ou métaphorique (images) rend les apprentissages et la transmission riches.  La notion d’esthétique (sensibilité et beauté) fait également partie intégrante du travail.

«Danser, c’est explorer et découvrir une autre appréhension du corps que celle mise en œuvre dans l’éducation physique et sportive, la situer en relation à des références culturelles, historiques et philosophiques. »   Association Danse au Cœur
Les enfants, en général, aiment et ont besoin de bouger. La danse va leur apprendre à canaliser leur énergie pour l’utiliser de manière créative. L’alternance entre mobile-immobile, fort-doux, tendu-détendu va leur permettre d’élargir leur vocabulaire corporel et expérimenter dans le corps ces opposés qui au fur et à mesure pourront prendre d’autres couleurs intermédiaires.
L’observation de l’autre permet de développer l’écoute, le non-jugement et d’exercer son regard sensible mais aussi une parole respectueuse.
Etre regardé permet d’être valorisé, de gagner en confiance et d’oser affirmer sa singularité.

A la proposition de traverser l’atelier en diagonale à deux, A. et G. se donnent spontanément les mains et se mettent à tourner ensemble.








Quelle est la différence entre simplement bouger et danser ?
Bien sûr, plusieurs éléments entrent en jeu. L’un d’entre eux se trouve  dans l’intention : courir et s’arrêter sur ses deux pieds au point choisi peut être ou peut devenir un acte de danse… marcher, s’arrêter, se retourner et laisser son regard être le déclencheur du départ d’un autre enfant peut devenir le début d’une danse à deux…
« Dans la danse tout marche ensemble: le corps – le cœur l’esprit. »Jacqueline Robinson, danseuse et chorégraphe 
A la proposition: se déplacer au sol et rencontrer l’autre avec un geste, S. pose ses mains sur celles de M., ils s’arrêtent, se regardent et lorsque S. retire ses mains, ils recommencent à se déplacer.




Danser c’est aussi favoriser le vivre ensemble et le respect: écouter les autres, être responsable (ne pas se faire mal, ni à soi, ni aux autres), apprendre à entrer en relation à 2 ou plusieurs. Savoir accepter la différence de l’autre et respecter son mode de fonctionnement. Apprendre à proposer mais aussi à laisser son tour.

A la proposition de traverser l’atelier en diagonale à deux, M. et A. choisissent de se mettre à quatre pattes, de se donner la main et d’avancer… choix qui se révèle assez difficile à réaliser. Leur manière de résoudre cette difficulté sera d’ajuster leur vitesse et d’aller plus lentement.


Le besoin de se sentir en sécurité, l’aspect ludique et de plaisir sont des éléments fondamentaux.

Durant ces deux premières semaines, nous avons fait connaissance en mouvement : avancer l’un vers l’autre pour se dire bonjour par un geste, dire son prénom en l’accompagnant d’un mouvement, imiter différents animaux, marcher et courir en cercle ou faire des traversées en diagonale en proposant différentes manières de se déplacer, faire la chenille et changer le meneur, se déplacer à deux comme M. et L. … autant de jeux dansés où les enfants ont une grande liberté pour explorer, s’exprimer et développer leur créativité.


Je me réjouis de travailler avec vos enfants et de leur communiquer ma passion pour la danse, mais je me réjouis surtout de voir tout ce qu’eux amènent comme idées et propositions à partir desquelles émergeront des projets que nous partagerons avec vous tout au long de cette année.  

« La danse de l’artiste et celle de l’enfant se rejoignent : pour le danseur, chaque instant de son acte dansé est un acte créateur, car il implique, dans l’instant, la totalité de sa personne. De son côté, l’enfant qui n’a pas encore une pensée figée par des codes restrictifs, reste ouvert à toute émotion.
Immergés avec l’enfant dans la danse, vous partagez le même émerveillement et les impressions vécues  ensemble : matières à rêver, à penser, à créer. »Françoise Dupuy, danseuse et chorégraphe.
Carina, le 07.09.2013

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